La Symphonie des Cieux

La Symphonie des Cieux

Réécriture - Ch 2 : Chatons à plumes (8/8) 15/07/15

— Hein ? Ah, oui ! les naufragés. Il semblerait que leurs navires aient sombré aux abords de l'île, en raison d'une tempête aussi inattendue que dévastatrice. Les survivants se sont installés dans la plaine à l'ouest du désert. Sans les loups, je n'y aurais probablement pas prêté attention.

— Et alors ? lâcha Télamon qui ne voyait pas en quoi ça le concernait. Tant mieux pour eux s'ils s'en sont sortis sans notre aide. De toute façon, cette prairie est délaissée depuis une éternité. Les Sylphes préfèrent les forêts et les côtes, et les Sorciers ne quitteraient leur précieuse mer de sable pour rien au monde.

Cesse un peu de m'interrompre ! Après, tu vas encore prétendre que je ne t'ai pas tenu au courant. Donc, comme je m'apprêtais à le dire, après mon retour des montagnes, je me suis attardé pour jeter un œil sur l'installation desdits naufragés.

« Ils ne se montrent pas du tout respectueux. Ils brûlent la sylve des Chimères pour s’aménager un espace plus confortable — inutile de préciser qu'elles ne sont pas très contentes, peu de chance qu'elles restent sans réagir. La Gardienne de la forêt des Chants risque de s'en mêler, si ça continue !

— Aïe... Echydil n'a jamais été à prendre à la légère...

— Comme n'importe quel Gardien qui se respecte, résuma Leymads. Ils mettent des trucs bizarres dans le lac aussi. Les nouveaux venus, hein, pas les Gardiens.

J'avais compris, figure-toi ! Et pourquoi ne les as-tu pas arrêtés ? Je n'ai pas l'intention de me battre contre des Esprits, même inférieurs, à cause d'eux !

— Parce que c'est toi le roi, chantonna Leymads.

— Ce n'est pas juste...

— Eh non.

— Tu exagères, tu aurais très bien pu t'en charger.

— Tu veux connaître le fond de ma pensée ? reprit la Sentinelle bleu-gris d'un ton sérieux qui contrastait avec sa légèreté habituelle. Nous ne devrions pas nous en mêler, et laisser les loups et les Elfes s'occuper du problème à notre place.

Télamon se leva d'un bond, furieux, s'attirant le regard étonné du reste de l'assemblée.

— Avant de t'énerver, attends que j'aie terminé. Ces intrus sont des Hommes qui ne semblent pas provenir des îles d'Aïtlan Interras.

Une chape de glace s'abattit sur Télamon.

Des quatre peuples vespéraux qui vivaient sur Firtéméäth, trois seulement étaient autorisés à fouler la terre d'Aïtas Iras — les Alirons, les Sylphes et les Sorciers. À cause des rêves obscurs d'une jeune femme morte plusieurs siècles auparavant, ces derniers avaient prétendu que l'arrivée des Hommes sur l'île-continent annoncerait la fin du monde tel qu'on le connaissait. Les Sentinelles n'y avaient jamais porté le moindre crédit, mais les Sorciers y croyaient dur comme fer. Par conséquent, les félins à plumes avaient accepté d'interdire l'accès d'Aïtas Iras aux humains pour éviter des massacres inutiles.

— Ils ne peuvent pas rester ici, de toute façon, reprit Leymads. Les Sorciers ne le supporteront jamais.

— Pourquoi ne se rendraient-ils pas sur les îles d'Aïtlan Interras ? s'enquit Cieyda. Ogrist et Aryak ne se montrent guère accueillantes avec les étrangers, mais Témis serait plus que ravi de leur procurer un refuge, non ? Avec tout ce que Télamon a fait pour lui et son peuple...

— Il est trop tard pour ça, objecta Leymads. Tu peux parier que les Sorciers n'ignorent rien de cette affaire. À leurs yeux, seul le prix du sang pourrait payer leur affront.

Les regards de Télamon et de Riéna se croisèrent. D'un accord muet, ils décidèrent de ne pas évoquer les paroles de Shadred. Inutile d'inquiéter Cieyda et les enfants pour des suppositions. Il se promit toutefois d'en toucher un mot à Yaline un peu plus tard.

Leymads, comment sont-ils arrivés dans cette plaine, au juste ?

Quelque chose clochait dans l'histoire de son ami, mais Télamon avait du mal à mettre la griffe dessus. Il avait besoin qu'on l'aide à y réfléchir.

— Par l'océan.

— Je m'en doute, pour autant que je sache ils n'ont pas appris à voler !

— Je crois que je sais où tu veux en venir, s'immisça Riéna, saisissant ce qui lui avait échappé. Une telle tempête rappelle les manières de Syelar, d'autant qu'elle ne supporte pas les humains. Mais si c'est bien elle qui a détruit leurs navires, pourquoi y a-t-il des survivants ?

Syelar aurait pu les tuer jusqu'au dernier. En temps que l'une des quatre Mandaras, l'Esprit des océans, elle aurait pu les anéantir d’un simple battement d'ailes ! En plus, c'était l'occasion rêvée de provoquer son frère Aïos, lui qui adore les humains.

— Tu insinues qu’elle a fait exprès d’en laisser passer ? supputa Yaline, perplexe. C'est contraire à ses habitudes !

On ne trouvera pas la réponse en restant plantés là, conclut Riéna, la mine grave. Plus tôt on élucidera tout ceci, mieux cela vaudra. Télamon, tu devrais te rendre sur place. Quant à moi, je souhaiterais étudier cet œuf de plus près sans plus attendre.

— Quel œuf ? s'étonna Leymads.

— Plus tard. J'en profiterai également pour chercher Rédrian, il a peut-être découvert quelque chose de son côté.

Télamon se demandait quel lien pouvait bien exister entre les Diamants, des loups en pèlerinage, et des naufragés humains. Pourtant, en dépit de sa curiosité, il rechignait à quitter sa famille, même pour une courte période.

— Yaline, tu peux y aller à ma place ? Cela m'ennuie d'abandonner Cieyda et les petits...

Sa sœur renifla, dégoûtée.

— Comme si c'était la première fois !

— Nous irons bien ! assura Cieyda en le poussant gentiment du museau. Tu ne cesseras pas d’y penser de toute façon. J'espère que tu me raconteras tout dans les moindres détails, cela m'intéresse aussi.

— Leymads, tu m'accompagnes ?

— Et comment ! Je me demande comment tu comptes t'y pendre pour les convaincre de partir, après tout le mal qu'ils se sont donné pour atteindre Aïtas Iras.

Télamon regretta aussitôt de le lui avoir proposé. Pour autant, il ne se sentait pas le courage de régler seul cette affaire. Depuis combien de temps ne s'était-il pas occupé de troubles sérieux ? Les désirs de conquête d'un monarque aviné étaient une chose, mais des intrus dont la présence risquait de déchaîner une guerre...

— Ne t’inquiète pas, petit frère, je veillerai sur Cieyda et mes neveux, déclara Yaline en se rengorgeant, ses ailes dépliées d'une façon théâtrale. Que pourrait-il arriver que nous ne puissions affronter ? Nous sommes des Alirons, après tout !



15/07/2015
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