La Symphonie des Cieux

La Symphonie des Cieux

Réécriture - Ch 2 : Chatons à plumes (5/8) 15/07/15

Il en fallait toutefois bien davantage pour impressionner Aldalis.

— Désolée, maman, je ferai attention la prochaine fois, promit celle-ci en feignant le remords.

— La proch...

La Sentinelle cramoisie écarquilla les yeux, interdite. Télamon retint son souffle, s'attendant à un nouvel éclat de sa part. Au lieu de cela, elle s'esclaffa avec joie. Yaline ne restait jamais fâchée très longtemps et ne s'en prenait jamais à sa propre famille – à l'exception de son frère, évidemment. Sa fille le savait et en profitait outrageusement. D'ailleurs, Télamon espérait sincèrement que son enfant ressemblerait davantage à Dalesna qu'à Aldalis.

— Pas d'inquiétude, Yaline, intervint Riéna d’un ton apaisant, Ehadrelf n’a absolument rien.

Ledit Ehadrelf se mit à piailler de plus belle, les plumes ébouriffées, en complet désaccord avec sa mère. La Sentinelle vert et or commença à le harceler de petits coups de patte, sous le regard approbateur de son amie qui s'était à moitié allongée sur elle.

Vexé, le chaton entreprit de contre-attaquer. Lorsque les doigts de sa sœur arrivèrent sous son nez, il y referma les mâchoires. Il était jeune, mais ses crocs étaient déjà très acérés et il parvint à lui arracher un grognement de douleur. Il mordit donc de plus en plus fort, tout en ronronnant avec force. Dalesna se redressa d'un coup pour lui faire lâcher prise, sans penser à Aldalis. Celle-ci s'étala sur le dos dans un grondement étouffé et le petit fut projeté un peu plus loin, complètement hagard. Il rassembla ses esprits et détala pour se réfugier auprès de sa mère.

— Ça suffit maintenant ! s'écria Yaline, avec toute la conviction dont elle était capable malgré son fou rire.

— Laisse, Yaline ! objecta Cieyda. Je trouve ces jeux particulièrement amusants. Et puis, il va bien falloir que je m’y habitue...

— Tu vois, maman ? triompha Aldalis, tout en essayant de remettre de l'ordre dans ses plumes.

— Ta chère tantine adorée est trop indulgente avec toi.

Télamon les dévisagea, incrédule. Elles ne comptaient pas se chamailler à un moment aussi critique, quand même !

— Arrête ça tout de suite ! J'ai l'impression d'être une antiquité ! se récria la reine des Alirons. Tu ne changeras donc jamais ?

— Ce n'est pas bon de modifier les habitudes des vieux, rétorqua Yaline avec aplomb. Tu as quoi ? Quinze mille ans au bas mot, pas vrai ?

— Je n’en ai que sept cents ! protesta Cieyda.

Elle tourna la tête vers lui, en quête de son appui. À sa grande déception, son compagnon observait la scène avec des yeux ronds, incapable de lui venir en aide contre l’Écarlate.

— Sept cent mille ? T'es encore plus vieille que ce que je pensais !

— Sept cents ans, idiote !

Télamon balaya les environs du regard, à la recherche de n'importe quelle moyen susceptible de ramener les deux Alironas à la raison. Ses yeux se posèrent alors sur Riéna. Le spectacle auquel elle assistait semblait beaucoup l'amuser.

Riéna, fais quelque chose ! implora-t-il directement dans son esprit. Ça risque de durer des heures !

— De toute façon, tu es plus âgée que moi ! clama Cieyda. Tu vas bientôt fêter tes huit-cent-cinquante ans, c'est ça, Yaline ? Pas trop de mal à mâcher ?

— Pourquoi ne t'en charges-tu pas toi-même ? riposta Riéna avec un sourire torve.

— Huit-cent-quarante-deux, seulement ! Et c'est l'âge qu'on a dans la tête, qui compte !

— Pour une raison qui m'échappe, tu arrives généralement à susciter son intérêt, expliqua Télamon de son ton le plus convainquant. Si j'essaie, je vais empirer la situation...

Cieyda, épuisée à la fois par leur joute et les contractions, laissa retomber sa tête sur le sol. Yaline se tendit sous le coup de l'inquiétude, bien qu'elle s'efforçât d'en rien montrer.

— Oh ! Yaline, arrête ça ! soupira la future mère. De quoi avons-nous l'air, devant les enfants ? Pourquoi faut-il que tu sois si différente de Meian ? Elle est douce, calme, sérieuse...

— Riéna ! intervint-il, incertain de la façon dont sa sœur pourrait réagir à ce nom.

Par chance, l'Alirona crème s'était elle aussi alertée à la mention de Meian. Elle se redressa d'un bond et trottina jusque sous le nez de Yaline. La réplique acerbe de l’Écarlate n'eut donc pas le temps de franchir sa gorge.

— Au fait, Yaline, aurais-tu des informations à propos d'un œuf étrange qui serait apparu dans cette forêt il y a quelques jours ?

La Sentinelle aux plumes flamboyantes referma ses mâchoires dans un claquement sec et se tourna vers elle. Que la question de Riéna servît de prétexte pour détourner son attention n'avait pas dû lui échapper, pourtant elle dévisageait son amie avec une profonde gravité.

— « Apparu » ? De nulle part, tu veux dire ?

— Je ne sais pas grand-chose, en réalité, puisque je ne me suis pas encore rendue sur place. Ceci dit, j'imagine que cet œuf n'a pas surgi d'un coup du néant. Pourquoi, cela te rappelle quelque chose ?

Sa sœur hésita quelques instants avant de répondre. Son attitude fuyante ne lui ressemblait pas.

— Pas vraiment, non, démentit-elle, d'un ton qui paraissait presque sincère. Je suis simplement curieuse. Pourquoi te préoccupes-tu d'un objet si banal, d'ailleurs ? Est-il important ?

— Les loups semblent le croire, en tout cas.

— Comment ça ? intervint Télamon, à présent intrigué à son tour.

— Des meutes entières convergent vers ce point, expliqua Riéna, se tordant le cou pour le regarder. Elles proviennent de la forêt des Chants, évidemment, mais aussi de bois plus éloignés.

L'Aliron argenté dressa ses oreilles, à la fois perplexe et nerveux. Si des loups quittaient leurs territoires, les Sentinelles risquaient de se trouver rapidement confrontés à des problèmes plus sérieux que des œufs à l'origine inconnue.

— Je sais à quoi tu penses, poursuivit Riéna. On a déjà commencé à observer des Elfes noirs en dehors de leurs cavernes. C'est pour cela que je souhaitais régler l'affaire au plus vite.

— Manquait plus que ça, marmonna Télamon. La seule raison pour laquelle ils ne s'écharpent pas mutuellement, c'est le respect de leurs frontières. Si les loups les franchissent, les Elfes s'en serviront comme prétexte pour ignorer les leurs.

Riéna acquiesça. Il se demanda s'il n'aurait pas mieux fait de laisser Yaline taquiner Cieyda, après tout, plutôt qu'entendre ces nouvelles. Il aurait souhaité demeurer aussi longtemps que possible avec sa compagne et son enfant, mais à présent qu'il en avait connaissance, il ne pouvait pas se permettre de passer outre.

— Je compte m'y rendre juste après la naissance, reprit-elle. J'imagine que Rédrian s'y trouve déjà et que son « excuse », comme tu disais, Yaline, n'en était pas une. Il a sûrement eu l'information par les licornes avec lesquelles il voulait discuter.

— Ce serait bien si on pouvait éviter le massacre, grinça Télamon, les oreilles aplaties sur son crâne.

— Tiens, très cher frère, puisque tu parles de massacre, s'immisça Yaline tandis que Cieyda se crispait soudain à cause d'une violente contraction... Tu devrais partir te promener avant que le petit ne sorte.

— Qu'as-tu donc imaginé, encore ? râla Télamon.

Le visage de Cieyda se tordit de douleur et sa queue fouetta l'air. Ses écailles tracèrent de profondes entailles sur le sol lorsqu'elle retomba.



15/07/2015
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