La Symphonie des Cieux

La Symphonie des Cieux

Réécriture - Ch 2 : Chatons à plumes (4/8) 15/07/15

En son état, Cieyda était incapable de se défendre. Par ailleurs, la naissance d'un Aliron représentait une parfaite opportunité pour un quelconque ennemi. Cependant, contrairement à ce que la Sentinelle dorée devait s'imaginer, cette perspective ne l'inquiétait plus. Il avait eu le temps de réfléchir aux paroles de Riéna, et il devait bien admettre qu'il s'était fait du mouron pour rien. De toute façon, il massacrerait sans hésitation toute créature qui se manifesterait avec des intentions belliqueuses.

Non, le vrai problème était Yaline.

L'habilité de sa sœur à passer inaperçu surpassait de loin celle de Riéna, pourtant maître en la matière. Elle les observait sans doute en ce moment même, d'ailleurs. D'autant plus qu'il commençait à trouver étrange que Cieyda fût allongée bien en évidence au beau milieu de la clairière, tel un trophée piégé. Ne pas savoir quand le couperet s'abattrait l'angoissait encore plus.

Non, Yaline n'oserait pas l'ennuyer un jour aussi important. Il devait apprendre à lui faire davantage confiance.

Il se contraignit au calme et feignit une digne assurance en s'approchant de Cieyda. Celle-ci renifla, amusée. Les pensées de Télamon ne constituaient aucun secret pour elle.

Une furie écarlate surgit alors des arbres en face de lui. Elle franchit la rivière d'un seul bond et s'interposa entre les deux Alirons. Le plumage cuivré de Yaline semblait un écho à sa rage, et ses yeux bleus lançaient des éclairs. Télamon refréna à grand peine un réflexe de repli fort peu digne de sa position.

— Qu’est-ce que tu fais ? gronda-t-il d'un ton faussement assuré. Es-tu devenue folle ?

Il se sentait pris au piège, tel un cerf acculé par un loup affamé, mais il s'efforça de conserver son aplomb. Hors de question de montrer la moindre faiblesse devant elle !

— Dégage ! rugit Yaline, les crocs découverts et l'échine bombée.

Télamon commença à reculer. Si jamais il la lâchait des yeux, c'en était fini !

— Que se passe-t-il ? lança la voix amusée de Riéna. Yaline, tu es encore en train d'embêter ton pauvre frère ?

Yaline s’immobilisa un instant, la tête penchée d'une façon qui aurait été comique, n'eût été la situation.

— Oh, Riéna ! gémit-elle avec un soupir théâtral. Tu viens de tout flanquer par terre !

L'intéressée s'approcha d'eux et s'arrêta auprès de Cieyda pour la saluer, frottant son front contre le sien. Dalesna trottinait joyeusement derrière elle, le petit Ehadrelf entre ses crocs. Elle scrutait les arbres d'un air intrigué, sans que Télamon pût en déterminer la raison.

— Toujours en un seul morceau ? continua l'Alirona crème. Je ne pensais pas que tu t'étais autant calmée, Yaline.

À bien y réfléchir, Yaline ne paraissait pas en colère. Simplement dépitée que sa farce soit tombée à l'eau. Il s'était fait avoir en beauté !

— Cieyda m'a demandé de te faire peur, avoua la Sentinelle écarlate en se nettoyant les coussinets avec désinvolture.

— Juste pour te donner une leçon, renchérit sa compagne avec un grand sourire. Ne t'avise pas de me laisser toute seule la prochaine fois !

— Alors... vous n'êtes pas fâchées ?

Sa sœur gronda et ses oreilles se plaquèrent sur son crâne.

— Bien sûr que si ! Mais pour l'instant, je suis surtout furieuse contre Meian. J'ai demandé à Rédrian de partir à sa recherche, mais je n'ai aucune nouvelle. Ni de l'un ni de l'autre. Je suppose qu'elle ne prendra même pas la peine de venir. Gare à ses plumes si je mets la patte sur elle !

— Je comprends mieux pourquoi je ne parvenais pas à le contacter, grommela Riéna. Tu aurais pu me prévenir, Yaline ! Ou envoyer ton propre compagnon plutôt que le mien !

— Calme-toi ! Il a refusé, disant qu'il avait d'autres choses importantes dont il devait s'occuper. La même excuse que Leymads. Vraiment, pas un pour racheter l'aut...

Un grondement menaçant retentit au-dessus de leurs têtes et les adultes bandèrent leurs muscles, prêts à chasser l'intrus. Les éventails au bout de leur queue se déplièrent dans un claquement sec, les griffes jaillirent de leurs fourreaux.

Une créature sombre de la taille d'une panthère se jeta sur Dalesna. La Sentinelle, projetée contre terre, lâcha Ehadrelf qui tomba violemment sur le sol. Celui-ci hurla, paniqué, tout en s'efforçant de se relever pour fuir le combat.

À la vue les marques turquoise sur le plumage noir de l'assaillant, Télamon jugea inutile d'intervenir. Les Alironas se détendirent également, bien que sa sœur semblât vibrer d'une colère froide. Il n'aurait pas donné cher de la peau d'Aldalis, la fille de Yaline et Leymads, s'ils ne l'avaient pas aussitôt reconnue !

Il se mit donc à observer avec curiosité, se demandant qui remporterait l'affrontement.

Dalesna, plaquée sur le flanc, tenta de se retourner pour déloger la créature sur son dos. Elle arqua le cou, cherchant la gorge. Aldalis s'écarta in extremis et les mâchoires claquèrent dans le vide.

Loin de s'avouer vaincue, Dalesna redoubla d'efforts. Sa queue cingla l'air, visant l'encolure découverte, mais l'autre se contenta de la bloquer avec la sienne. Les écailles réunies en pointe des deux adversaires se percutèrent dans un fracas d'épées.

Aldalis repoussa brusquement l'assaut. Ses pattes pressèrent la trachée de son amie afin de lui couper la respiration, mais Dalesna parvint à la déséquilibrer avec son aile libre. Elle en profita pour se remettre debout et frappa la Sentinelle de ses griffes.

Les deux jeunes Alironas avaient toutes les deux douze ans, mais elles se ressemblaient autant que le soleil et la lune. Sa nièce possédait un corps musclé et puissant quand la fille de Riéna était fine et gracieuse, et la première dépassait l'autre d'une tête. La légèreté et la souplesse de Dalesna l'avantageaient dans un combat aérien, mais dans un duel au corps à corps, la victoire revenait logiquement à Aldalis.

La suite donna raison à Télamon. La Sentinelle turquoise et noir prenait le dessus, bien que son amie se défendît avec ardeur. Leurs grognements plus dignes de chats furieux que de tigres certifiaient qu'il ne s'agissait que d'un jeu, pourtant les coups de griffes et de crocs étaient bien réels. Dalesna finit donc par se laisser tomber sur le ventre, vaincue. Sa langue pointait hors de ses mâchoires entrouvertes tandis qu'elle luttait pour chaque goulée d'air. Aldalis se rengorgea, satisfaite, bien qu'elle aussi essouflée. Elle se précipita sur son amie et lécha une plaie sur son oreille, pour se faire pardonner sa brutalité.

Ehadrelf, que tout le monde avait oublié, se mit alors à piailler de tous ses poumons. Yaline se dirigea vers les deux inconscientes, tandis que Cieyda et Riéna gloussaient dans leur coin.

— Aldalis ! Combien de fois t’ai-je dit de ne pas attaquer par surprise ? hurla-t-elle. Tu aurais réellement pu blesser Ehadrelf avec ces idioties !

— Et moi, alors ? marmonna Télamon.

L'Alirona écarlate paraissait vraiment furieuse, à présent. Elle s'énervait peu souvent, mais il valait mieux ne pas la trouver dans ses mauvais jours. Télamon se rappelait un Aliron qui avait, entre autres, ouvertement critiqué son indulgence. Yaline l'avait presque tué pour défendre l'honneur bafoué de son frère, alors que l'intéressé s'en fichait. À sa connaissance, il n'avait plus remis les pattes sur Aïtas Iras depuis cet incident.



29/05/2014
0 Poster un commentaire

A découvrir aussi


Inscrivez-vous au blog

Soyez prévenu par email des prochaines mises à jour

Rejoignez les 16 autres membres